Louis-Émile Bertin
Un article de EncycloNova.
Louis, Émile Bertin.Émile Bertin est né le 23 mars 1840 à Nancy et mort le 22 octobre 1924. Fils de Pierre Bertin et d'Anne Dermier qui fort méritante éleva seule le jeune prodige, orphelin de père à 3 ans 1/2, après le décès concomitants de son mari puis de julien, petit frère d'Emile bertin, de la terrible grippe espagnole. Il entre à l'Ecole Polytechnique à l'âge de 18 ans. Deux ans plus tard, il opte pour le corps du Génie maritime. A sa sortie de l'Ecole d'application en 1863, Emile Bertin fait ses premières armes à l'arsenal de Cherbourg, il apprend son métier et se trouve souvent en présence de problèmes pratiques qui l'obligent à observer, à réfléchir et à innover.
Entre 1863 et 1871, il hésitera entre la construction navale et le droit. En 1871, Emile Bertin, ingénieur au sein de l'escadre du Nord, est autorisé à présenter sa thèse de doctorat en droit, à Caen, intitulée : La possession des immeubles. Cette thèse fut considérée comme remarquable. Le président du jury, le très célèbre Demolombe, l'engagera à quitter la marine pour se consacrer à la recherche des lois qui règlent les rapports entre les individus et les pays. On remarque que sa pensée était forte et audacieuse et mise au service d'un style admirable.
En 1874, Emile Bertin se singularise à Cherbourg lors du naufrage près du Cap de la Hague (Manche) du grand steamer anglais Pascal. Il publie d'ailleurs par la suite un mémoire, paru en 1875 chez l'éditeur Berger-Levrault, relatant les péripéties du sauvetage du navire. Dès 1864, ingénieur de 1ère classe du Génie maritime, il se fait connaître par d'importants travaux sur l'assainissement et la ventilation des navires à vapeur, en particulier les transports pour éviter les épidémies à bord. Des essais sont effectués sur les transports de chevaux Calvados, et de troupes vers la Cochinchine Mytho, bâtiments de sa conception, qui obtiennent un plein succès. On note aussitôt une grande diminution des malades transportés à bord des navires à vapeur et l'on compte jusqu'à 75% de mortalité en moins. Immédiatement, la plupart des principaux types de navires à vapeur de guerre et de commerce seront munis de son système de ventilation. L' académie des sciences note qu'en " présence de l'intérêt incontestable que présente son travail sur la ventilation des navires, décide de faire imprimer cette étude, quoiqu'elle dépasse en étendue les limites réglementaires..." Un système de ventilation amélioré sera installé, par la suite, sur l'Annamite prototype de navire dit "transport hôpital" destiné aux traversées sous les tropiques dont Emile Bertin suit la construction à Cherbourg après en avoir dressé les plans notamment pour les interventions françaises en Extrême-Orient.
Le jeune ingénieur Louis-Émile Bertin, âgé de 24 ans, sera chargé - par le comte Prosper de Chasseloup-Laubat, ministre de la Marine de Napoléon III - de conduire en Nouvelle-Calédonie les travaux de construction avec le concours de militaires et de Mélanésiens du plus grand phare métallique du monde, le phare Amédée situé sur l'îlot éponyme, afin de sécuriser la passe de Boulari. Les travaux s'échelonneront de janvier à novembre 1865. De nos jours, le phare Amédée est devenu celui du port de Nouméa, l'un des plus importants ports commerciaux de la zone Pacifique. A son retour de cette mission, début 1866, il étudiera avec une belle hardiesse les questions de haute mécanique particulièrement ardues sur les vagues, les lois des mouvements de l'eau, de la houle, du roulis, du tangage, de l'action sur les navires d'une mer agitée ; pour lui, il n'y a pas de science véritable indépendante de la pratique. En même temps qu'il était un ardent défenseur de la stabilité, des qualités nautiques du navire, Emile Bertin était aussi un inconditionnel de la vitesse. Il écrit de nombreuses études sur ces sujets. Il invente la manche à air. Il étudie également les problèmes de renflouement des navires, un procédé de conservation des carènes par l'action électrique, effectue des travaux sur les progrès de la thermodynamique en France. Il mesura les effets, grâce aux observations réalisées à l'aide de son savant et ingénieux oscillographe double de sa création dont les expériences concluantes avaient été menées à bord du Crocodile, des petites quilles latérales anti-roulis dont il est l'inventeur au cours d'essais en mer en 1867 et 1868 à bord du vaisseau cuirassé Magenta et des frégates cuirassées Savoie et Flandre. Il invente également les grilles à roulis qui viennent complèter efficacement et harmonieusement l'ensemble que ne tardèrent pas à adopter tous les constructeurs de navires à travers le monde. Le dernier modèle de ces "stabilisateurs" au milieu du XXème siècle équipait des paquebots tels que le Maroc de la Compagnie Transatlantique et les Andes de la Royal Mail..
En juillet 1870, les hostilités entre la Prusse, la France et quelques Etats allemands, voient Emile Bertin désigné pour prendre en charge à l'arsenal, la production de matériel d'artillerie et celle des munitions pour les besoins de la force navale importante dans le cadre du plan pré-établi par le ministre de la marine l'amiral Charles Rigault de Genouilly (1807-1873) dit de diversion de la Baltique, ainsi que l'armement destiné à la division de la Basse Seine. Au mois de décembre de la même année, il est chargé par le commandant de l'armée du Cotentin, d'établir une ligne de défense efficace à hauteur de Carentan où pourrait se replier, en cas de besoin, la division défendant le Calvados. Après étude de la topographie, l'ingénieur du Génie maritime Emile Bertin va utiliser le débit de la rivière Douve pour obtenir une forte inondation de la zone marécageuse entre Carentan et la côte ouest du Cotentin, après avoir bloqué les portes de l'écluse de la Barquette, en contact avec la mer. Emile Bertin disposera la ligne de défense par quelques trente-six grosses pièces de marine adaptées sur affût ou plate-forme à des endroits judicieux et stratégiques. Les Prussiens ne viendront pas. Ils ne dépasseront pas Lisieux, en raison de l'armistice. Les troupes allemandes n'inventèrent donc rien en 1944 avant le débarquement d'Utah-Beach, pas plus que quatre ans plus tôt, le petit nombre de marins et de soldats français chargés de stopper sur la ligne des marais la percée fulgurante des blindés de Rommel vers Cherboug ; ils se contentèrent de reproduire exactement l'action d'Emile Bertin.
Après cette période à terre en guerre, il reprend avec bonheur ses activités de chercheur et de constructeur : garantir la stabilité des navires revient en leitmotiv chez Emile Bertin; aussi, en 1871/1872, il invente et propose un système révolutionnaire de protection des navires par tranche protectrice de la flottaison ou tranche cellulaire. Plus tard, une ceinture de cuirasse, sur les navires de combat recouvre entièrement la tranche cellulaire qui peut présenter toutes les épaisseurs possibles.
Ce système de cloisonnement est une conception fort en avance sur son temps. Son invention ne connaît tout d'abord aucun succès. La première expérimentation de ses travaux est effectuée par la marine italienne, dès 1875, sur les grands bâtiments Italia et Lepanto, de 14.000 tonnes. En 1881, enfin, il est détaché à Saint-Nazaire pour suivre les travaux de construction du remarquable éclaireur d'escadre Milan dont il établit les plans et qui constituait un navire de nouveau type. Il sera suivi, pour l'ingénieur Bertin, de la construction navale du Sfax, premier bâtiment et premier croiseur à tranches cellulaires. Ce bâtiment est lancé le 26 mai 1884 à Brest. Son système est reconnu. Ses plans sont appliqués et les coques sont ainsi notablement plus résistantes aux abordages, aux explosions en particulier sous-marines. Jusqu'en 1880, on mettait encore partout en chantier des croiseurs en bois. Dès 1885, grâce à son invention, on comptait sur la planète en chantier ou à flot 17 navires à flottaison cellulaire. En 1896, il y en avait déjà 220 !
La création de la tranche cellulaire dite caisson Bertin entraîne pour lui une renommée de savant. Le dispositif de cloisonnement qu'il avait découvert va ainsi bouleverser la structure des navires de guerre et de commerce. Sa réputation devient universelle et la plupart des pays maritimes adoptent son procédé révolutionnaire. Emile Bertin, au cours de sa fabuleuse carrière militaire, rencontra à plusieurs reprises lors d'entretiens privés, François, Ferdinand, Philippe, Louis, Marie d'Orléans, Prince de Joinville (1818-1900), vice-amiral et troisième fils du roi Louis-Philippe. Le Prince de Joinville avait publié dans la Revue des Deux Mondes, d'importantes études sur la marine et fut un des promoteurs les plus ardents de la transformation de la flotte.
Emile Bertin est un ingénieur en construction navale et inventeur français. Il préside la Société d'encouragement pour l'industrie Nationale, (1909-1912) à la suite d'Edouard Gruner et précède Léon Lindet (P & C).
École Polytechnique (France) (1858), Institut de France, ingénieur général du Génie maritime, Commandeur de la Légion d'honneur et titulaire de très nombreuses décorations françaises et étrangères, comme la grand-croix de l'Ordre de Saint-Stanislas de Russie mais surtout du Japon.
Émile Bertin : un génie de la recherche et de l'invention :
- assainissement et ventilation des navires à vapeur, en particulier les transport pour éviter les épidémies à bord (75% de mortalité en moins)
- inventeur des petites quilles latérales anti-roulis, dispositif (stabilisateurs) adopté par tous les constructeurs à travers le monde
- En 1871/1872, inventeur d'un système révolutionnaire de protection des navires par tranche protectrice de la flottaison ou tranche cellulaire (dite « caisson Bertin ») ce qui entraine pour lui une renommée de savant (universellement reconnu)
- inventeur de la manche à air à bord des navires - inventeur et créateur du bassin d'essais des carènes boulevard Victor à Paris (le 1er au monde)
- il réussit à faire admettre les chaudières à haute pression à petits tubes (multitubulaires) dont l'usage s'est vite généralisé, etc.
En février 1886, Émile Bertin est détaché au Japon pour quatre ans, jusqu'au mois de mars 1890. Il est le créateur de la marine militaire du Japon marine impériale japonaise. Sa réputation de savant mondial lui permettra de réaliser un programme ambitieux de construction navale. Il allait pouvoir appliquer ses concepts concernant la stabilité, le cloisonnement par tranches cellulaires, la ventilation, la vitesse et un fort armement apportant ainsi une contribution décisive au succès japonais de 1894 lors de Guerre sino-japonaise (1894-1895) et plus tard, lors de la guerre russo-japonaise en (1904-1905). Émile Bertin réorganisa de fond en comble l'arsenal primitif de Yokosuka. Puis il choisira de nouveaux emplacements pour y faire construire les arsenaux de Sasebo, près de Nagasaki et celui de Kure, près d'Hiroshima.
Il est nommé, en 1892, directeur de l'École d'application du génie maritime et, en 1895, directeur central des Constructions navales françaises et ce, jusqu'en 1905. Il est élu membre de l'Académie des sciences (France) en 1903 et en devient Président en 1922. En 1921, il est membre de l'académie de Marine. Cofondateur en 1900 avec Émile Guimet (1836-1918) et premier Président de la Société Franco-japonaise de Paris, présidence qu'il garda jusqu'à la veille de son décès, en 1924.
Émile Bertin fit les plans et participa à la construction tant en France qu'au Japon d'environ 150 bâtiments de surface. À la tête des constructions navales françaises, pendant une décennie, il conduit ainsi la France, dès 1898, au classement prestigieux de deuxième marine mondiale avec 400 000 tonnes, derrière la Grande-Bretagne (600 000 tonnes) mais très largement devant la Russie, l'Italie et l'Allemagne. Il est l'auteur de plus de cinquante ouvrages ou mémoires scientifiques et techniques.
Emile Bertin est mort le 22 octobre 1924 à 84 ans. Il est inhumé à La Glacerie (Manche (département)),
Principales publications
Emile Bertin est l'auteur de plus de cinquante ouvrages ou mémoires scientifiques et techniques, notamment :
- Etude sur la ventilation d'un Transport Ecurie (1873)
- Etude sur le Principe des Vols d'Oiseaux (1874)
- Données théoriques et expérimentales sur les vagues et le roulis (1874)
- La Marine à vapeur de guerre et de commerce (1875)
- Fondation de l'Ancien Port de Cherbourg (1879)
- La Théorie des Vagues (1881)
- État actuel de la marine de guerre (1893)
- Les Grandes Guerres civiles du Japon. Les Minamoto et les Taïra, les Mikados et les Siogouns (1136-1392). Précédé d'une introduction sur l'histoire ancienne et les légendes (1894), couronné en 1896 par l'Académie Française, 422 pages
- La Marine des États-Unis d'Amérique (1896) Texte en ligne
- Chaudières marines (1896), 725 pages qui firent autorité et les ingénieurs s'y référeront longtemps avec profit - cours de machines à vapeur professé à l'École d'application du génie maritime -
- Évolution de la puissance défensive des navires de guerre, avec un complément concernant la stabilité des navires (1906)
- La Marine moderne, ancienne histoire et questions neuves, 1ère édition, 1910 - 2ème édition, 1914
- Etude sur le Droit International et la Guerre Navale (1915)
- La Marine de Commerce (1918),etc.
Emile Bertin rédigea aussi pour le Bulletin de la Société Franco-japonaise qu'il créa des études sur : l'Histoire du Netsuke (octobre à décembre 1922), sur Le vieux Japon (parue d'avril à juin 1921), sur Le Japon avant la Féodalité Militaire (juin 1907) et de très nombreuses autres études sur le Japon ancien, médiéval et du nouveau régime.
Le croiseur Émile Bertin
La marine française n'avait pas oublié ce qu'elle devait à Emile Bertin dans les progrès considérables des techniques et de la construction navale. Aussi, en mémoire d'Emile Bertin, par décision ministérielle du 18 décembre 1928, un bâtiment est commandé au service techique de la marine.
La marine française donna donc son nom à un croiseur léger, très belle unité de 6.000 tonnes, lancé le 9 mai 1933. Au cours de ses essais, il atteignit la vitesse de 42 noeuds (plus de 77 km/heure) ce qui faisait de ce croiseur, le plus rapide du monde et le plus racé de la marine française. Le Président de la République étant monsieur Albert Lebrun, monsieur Georges Leygues, ministre de la marine, au cours du banquet qui précéda le lancement, après avoir retracé la brillante carrière d'Emile Bertin de conclure en disant:"...Son oeuvre a porté haut et loin le prestige de la France. Il est de la lignée des Sané, des Dupuy de Lôme et des de Bussy, il a renoué et maintenu la tradition des grands architectes navals de Colbert...".
L'arrière petit neveu par alliance de Louis Émile Bertin, Hervé Bernard, a rédigé deux ouvrages inédits en quadrichromie en 2007 (non commercialisés), intitulés : L'Ingénieur du Génie Maritime Louis, Émile Bertin 1840/1924 Créateur de la Marine Militaire du Japon à l'Ere de Meiji Tenno de 78 pages et Ambassadeur au Pays du Soleil Levant dans l'Ancien Empire du Japon de 266 pages. Hervé Bernard, historien de marine et écrivain, est aussi le signataire d'un article intitulé : "Louis, Émile Bertin - 1840-1924 Ingénieur Général du Génie Maritime" paru dans - La Revue des Amis du Musée de la Marine à Paris - Neptunia N°239, du mois d'octobre 2005.

